ENTREVUE | Mihimana Braye – La nouvelle vague du surf tahitien.

Mihimana Braye est, à 23 ans, un surfeur à l’avenir très prometteur : toujours en mouvement, il va de continent en continent pour affronter les plus grands ! Nous sommes allés à sa rencontre à l’occasion de la compétition Vissla Sydney Surf Pro (Manly, du 16 au 24 mars 2019).

À quel âge as-tu commencé à surfer ? Pourquoi ?

J’ai commencé le surf à l’âge de 6 ans et demi, on était dans un centre aéré car mes parents en avaient marre de s’occuper de moi… Non je blague ! On y allait pendant les vacances parce que mes parents travaillaient. Mon père surfait aussi pour le plaisir avec ses amis. Très vite il nous a initié, mon frère et moi, puis nous a inscrit à une école de surf (j’ai également une petite sœur qui fait de la danse tahitienne). Ça nous a vraiment plu à tous les deux. Mon frère surfe toujours beaucoup aujourd’hui et a un très bon niveau, même s’il n’a pas choisi d’en faire son métier. A partir de ce moment-là on allait surfer tous les jours avec mon père après l’école.

J’ai commencé les compétitions à Tahiti à 7 ans et demi, pour évaluer mon niveau et me mesurer aux autres. Ma première compétition était catastrophique, j’ai perdu directement… Mais j’ai gagné la deuxième ! Ensuite j’ai commencé à remporter toutes les compétitions à Tahiti : d’abord benjamins, puis minimes, cadets, et juniors. Mon objectif n’était plus là, j’avais beau faire des compétitions à Tahiti, même si elles étaient de bon niveau, il fallait que je sorte de chez moi pour voir ce que je valais à l’international.

Je me suis donc lancé dans les compétitions internationales à l’âge de 11 ans et comme je ne me débrouillais pas trop mal j’ai commencé à jongler entre l’école et le surf. Ce n’était pas simple car à Tahiti il n’y a pas de section sport-étude et comme nous avons notre propre fédération on ne pouvait pas accéder au pôle France, il aurait fallu aller vivre là-bas, en métropole, et quitter ma famille. Donc je suis resté à Tahiti et mes parents n’avaient qu’un impératif pour que je puisse me lancer dans le surf pro : que j’aie mon bac. J’ai commencé les compétitions pro-juniors – c’est-à-dire les moins de 21 ans – avec la WSL (World Surf League), à l’international. J’ai terminé 2e dans la région australasienne en junior et les 4 premiers de chaque région étaient qualifiés pour un championnat du monde à la fin de l’année. Ce championnat mondial était très important, il a eu lieu au Portugal en 2016 et j’ai terminé 5e. Et c’est là que ma carrière internationale a démarré, tout s’est enchaîné et ça m’a ouvert beaucoup de portes.

Quels sont tes spots préférés à Tahiti ? En Australie ? En France ?

A Tahiti c’est Teah Upoo, la vague mythique ! C’est l’une des vagues les plus dangereuses au monde mais elle est parfaite. En Australie j’adore la Gold Coast, particulièrement Snapper Rocks. Et en France j’aime bien les Landes avec Hossegor, Capbreton ou encore La Gravière.

Quelles étaient tes ambitions en Australie avec la compétition de Manly qui vient d’avoir lieu ?

J’ai été très déçu car les trois années précédentes j’avais fait les phases finales : j’avais terminé 5e en 2016, 9e en 2017 et 2018 sur 144 surfeurs donc c’était excellent, c’était le meilleur résultat pour un Tahitien. Cette année c’était très serré. Il y avait des vagues, j’avais une bonne stratégie mais il a eu quelques erreurs de jugement. Mais j’apprends tous les jours, c’est ce qu’il faut retenir, c’était dur au début mais je ne baisse pas les bras : j’ai encore plein de compétitions à venir !

Justement, quels sont tes plans pour cette année ? Tes prochaines compétitions ?

Je vais partir à Bali pour un surf trip, ensuite j’ai une compétition au Japon (QS6000, même dotation que la compétition à Manly), j’enchaîne avec le premier prime de l’année c’est-à-dire l’une des plus grosses compétitions de mon circuit qui va se dérouler en Afrique du Sud. Je dois ensuite me rendre en Amérique puis en Europe début septembre (Espagne et Portugal) et je termine la saison à Hawaï. C’est un planning chargé!

Quel est ton objectif à long terme ?

Aujourd’hui je suis dans le WQS (World Qualifying Series) et mon objectif est d’entrer dans le WCT (World Championship Tour), l’élite tour, et rejoindre Gabriel Medina, Kelly Slater, le gratin du surf quoi ! C’est là que tu peux vraiment devenir pro et vivre de ta passion. C’est un revenu inconstant au début, ça dépend des résultats et des sponsors. Ça fait 3 ans que je suis dans le WQS et que j’essaye d’entrer dans le WCT. Il y a eu des hauts et des bas, mais ce n’est que le début!

Quels sont les surfeurs qui t’ont inspiré ?

Michel Bourez tout d’abord car c’est le seul Tahitien qui est dans le WCT, après bien sûr il y a Kelly Slater ça a toujours été une icône pour moi, une idole du surf car ce n’est pas qu’un surfeur pro c’est aussi un athlète qui a une bonne hygiène de vie, c’est bon exemple même en dehors de l’eau. J’essaye de suivre son mode de vie et ce n’est pas facile car on est jeune on a envie de profiter mais il faut savoir faire des sacrifices. Tout dépend de ta volonté ! Personnellement j’aimerais bien à 45 ans être toujours au top comme Kelly Slater, mais il n’y en a qu’un comme ça. Il faut essayer de s’en rapprocher!

Quand tu pars en compétition loin de chez toi qu’est-ce qui te manque le plus de Tahiti ?

La famille tout d’abord, mais aussi les spots de surf à Tahiti : les vagues là-bas sont paradisiaques et il n’y a pas trop de monde à l’eau contrairement à l’Australie. Ça me manque de surfer mes belles vagues en boardshort, car parfois à l’étranger je suis obligé de mettre une combinaison et ce n’est pas ce qu’on aime le plus nous les Tahitiens!

Tu viens souvent en Australie ? Tu rencontres beaucoup de Tahitiens ici ?

Oui, je connais bien Manly, la Gold Coast aussi. J’y viens une à deux fois par an. Je rencontre surtout des Français, il n’y a pas de vraie communauté tahitienne ici comparé aux à la communauté française par exemple. A Sydney particulièrement j’entends parler français partout!

Penses-tu que la TV peut aider pour ta visibilité et pour celle du surf en général ?

Oui, aujourd ‘hui la TV offre l’une des plus grandes couvertures médiatiques au monde, avec les réseaux sociaux. Les gens sont tous sur leur téléphone ou devant la télé. C’est sûr que pour nous c’est une énorme possibilité de se faire remarquer à l’international. Ça peut te créer une base, une audience. Mais malheureusement ce sport est assez peu diffusé à la télé car il y a une réglementation assez stricte avec la WSL pour avoir les droits de diffusion. Ce n’est pas comme le football.

Il faut savoir qu’initialement, le surf est un sport assez mal vu, c’était considéré comme un sport pour les hippies, surtout en Australie. Les gens rataient l’école pour aller surfer et c’était davantage considéré comme un loisir. Mais ça a évolué, les gens ne le réalisent pas forcément mais c’est devenu très

professionnel, les champions de surf aujourd’hui sont de vrais athlètes. Ce que les gens ne savent pas c’est qu’il y a une vraie préparation physique à côté, invisible mais très importante, comme on le disait, l’hygiène de vie compte beaucoup. C’est vrai que c’est difficile car souvent on a envie d’aller faire la fête, mais non ce sera après la compétition, pas avant ! J’en connais qui font la fête avant et après ! 

Je tiens à remercier Canal+ Australie pour cet article ainsi que tous mes sponsors :

Lululemon, Air Tahiti Nui, Enviropol, Tahitian Cola et FCS.

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